Filouterie ++

Et sinon, l’histoire du mec marié qui dit qu’il est séparé et en fait non, ça vous est déjà arrivé, ou pas ? Mais si, vous savez, le mec qui vous dit qu’il est en train de se séparer de sa nana, parce qu’il sait que sinon, tu prendras pas de verre avec lui. C’est de la pure filouterie, non ?

Il ferre le poisson, et quand il a remonté la sardine, nageoires collés le long du flanc, comme ça, dans la barque, il te dit qu’il te doit la vérité, et qu’en fait, ben, ils sont surtout séparés dans sa tête à lui, mais pas vraiment dans les faits… Du coup, cela m’a poussée à me demander, le principe du pollueur payeur qu’on doit appliquer aux voitures, ou aux compagnies pétrolières qui salissent le golfe du Mexique, comment ça pourrait se traduire pour un mec qui réécrit ses performances énergétiques, comme ça ?

Au-delà de l’envie de le pendre par les pieds à une poutre de mon plafond jusqu’à ce que mort s’en suive, faudrait trouver quelque chose qui leur fasse passer l’envie de mentir, à ce genre de mecs, non ? Parce que ça siphonne, ces histoires, en mode tourbillon. Quand tu vois la pollution t’arriver dessus, soit tu te noies dans le fioul, soit t’as le temps de dégainer les boudins absorbants (c’est un truc de pompier pour éviter que les fuites d’essence ne se propagent dans les cours d’eau) mais t’es quand même québlo dans la rivière avec des boudins autour de la taille et des irisations d’hydrocarbures à perte de vue.

Comment on se sort de ça ? On traverse la rivière d’essence, en essayant de rester digne, on monte, trempée, sur la berge, puis on jette une allumette. On regarde les zébrures de flammes consteller la rivère, et on pense aux poissons en dessous, en espérant qu’ils s’en remettront. Mais on se sent bien poisseuse quand même.

Et on pue, et cette odeur nous poursuit toute la vie, même quand on a lavé cent fois ses fringues et ses cheveux. Et puis on se dit que la prochaine fois, ça n’arrivera plus, parce qu’on sera endurcie. La bonne blague ! C’est pas vrai, on s’endurcit jamais, on se blinde, c’est tout. On essaye de construire des digues foireuses, comme à La Faute-sur-Mer, vous savez, en Vendée, là où des tas de gens sont morts noyés dans leurs maisons une nuit de tempête.

D’ailleurs, ça me fait penser que ce jour-là, j’étais en reportage au fin fond de la cambrousse, aux trousses du chef militaire de l’ETA ! Le mec était caché dans un gîte du fin fond de l’Orne, et moi j’essayais tant bien que mal d’interroger les voisins du mec, pour savoir s’ils avaient flairé quelque chose de louche. Et donc, je me rappellerais toute ma vie de ça, c’était un dimanche de janvier, j’étais dans la cuisine d’une dame, qui me racontait qu’elle n’avait rien remarqué de spécial, tout en enduisant le lapin qu’elle allait manger à midi de moutarde. ETA, lapin, moutarde. Le combo insolite du journaliste de campagne.

Et pendant ce temps-là, des gens mouraient noyés en Vendée, parce que les digues construites sur des zones inondables étaient en carton-pâte. Donc on se blinde, en croyant que le pollueur-payeur ne nous atteindra plus jamais. Mais au fond de nous on sait très bien que la vague reviendra, qu’elle reprendra le dessus malgré les tiges en acier qu’on essaye de mettre dans le béton. On fait croire à tout le monde qu’on a appris à maîtriser la force de la déferlante, mais ce n’est pas grave. Au mieux, on arrive à gérer le mal de mer. Au mieux.

Ma bande

Dans ma bande, j’ai beaucoup de filles comme moi, et un homme. Gay. Ben oui, logiquement, fallait qu’il soit ostracisé par la société d’une manière ou d’une autre pour intégrer le gang. Donc, dans ma team, que des animaux de choix. D’abord, j’ai une amie dont le prénom veut dire romarin en anglais. En fait, plutôt que le romarin, elle préfère le basilic.

Mais bon, la vie c’est pas qu’une question d’herbes aromatiques, mais aussi d’assaisonnement. Parce qu’un bouquet garni dans un plat, ça reste bizarre comme sensation sous la langue. Et bien cette branche de romarin-là, aime énormément le sel. Et plus précisément le sel marin. Je pense même qu’au point où elle est en, on même parler de névrose salinisante.

Cette nana-là, tu l’emmènes à la mer, un jour de grand vent, elle plane. Plus ça fouette, plus elle décolle. Plus les embruns tabassent, plus elle kiffe. La branche de romarin prise dans une tornade d’eau salée et d’air frais. Je peux vous assurer qu’elle ne manque pas de goût. Genre tu lui demandes si elle a passé un bon week-end, elle te répond : «  Ouais, génial, j’étais à Brest, y avait la tempête c’était mortel. »

J’en ai une autre, un peu plus cérébrale, différente, mais tout aussi tarée. Elle a un prénom de reine, des yeux de biche, et un QI à 170, je pense. C’est la plus distinguée de mon équipe de pattes cassées. La nana qui n’est attirée que par des hommes intelligents, mais du genre, très intelligents. Ca s’appelle être sapiosexuelle, apparemment. Encore un concept de bobo qui s’emmerde, non ? Mais apparemment, c’est le nom de celles et ceux qui n’ont envie de faire l’amour qu’avec des gens futés.

Donc elle nous ramène des avocats, des oncologues, des journalistes… Un jour elle m’a quand même dit « Je connais tes standards…Moi je fais plus attention aux critères intellectuels, mais bon… » Cash, ma pote, c’est pour ça que je l’aime aussi. Elle mangera jamais de merles faute de grives, vous voyez. Et attention, y’a des examens de passage. Une fois, elle dégagé un mec qui ne savait pas ce qu’était la BNF… Là, je vois que vous êtes pas mal à vous dire « Mais moi non plus, putain, je sais pas ce que c’est ». Ben , vous êtes recalés les mecs.

Mais je l’adore, parce qu’elle est brillante et super cash . Une fois j’avais un rdv et je savais pas si j’allais pouvoir trouver un endroit pour faire l’amour avec ce mec si l’occasion se présentait. Ce qui était quand même une préoccupation capitale. Ben elle m’a proposé de me prêter son appart. Alors, en conversation ça donnait ça : Moi : « Je vais pas te dégager de chez toi et faire l’amour dans ton lit quand même. » Elle : « Mais si, mais si, voyons, c’est possible, faisons simple. » Faisons simple. Ma bande.

Cinq étoiles

T’es trop exigeante, meuf, c’est pour ça que ça marche pas. On vous l’a jamais faite, celle-là ? Trop ci, pas assez ça, j’ai les oreilles qui sifflent des fois. Mais c’est pas ma faute si j’aime que les mecs cinq étoiles. Oui, j’ai des goûts de luxe et j’assume. Mais bon, j’avoue que ça ne me tient pas chaud la nuit.

Des mecs cinq étoiles, ça existe, regardez, Ryan Gosling, par exemple. Bon le premier qui me dit qu’il a un regard de poisson mort, je lui tire une balle contre le mur ! Non mais ce mec, qui est quand même d’une sexyness de dingue, le mec danse, chante, joue des claquettes (sexyness suprême), pète des dents à coups de marteau dans les films et embrasse des nanas dans des ascenceurs. Et le mieux, le type gagne un Golden Globe, et le premier truc qu’il fait, c’est remercier sa femme. « Merci chérie de m’avoir permis de faire ce film qui était l’un des plus beaux moments de ma carrière artistique ». Perso, j’avais déjà envie de le coincer contre un mur, mais là… C’était le top du top. Un homme beau, intelligent, bien foutu, qui fait des claquettes, et qui est féministe.

Donc les mecs cinq étoiles, c’est rare. Et cher. Et ça s’attrape pas avec du vinaigre. Mais moi je ne maitrise pas du tout le process, c’est un vrai problème. Je NE SAIS PAS draguer. Un ami assez clairvoyant m’a dit une fois : «  Mais enfin, draguer c’est pas pour toi, draguer c’est pour les thons. Séduire, c’est plus joli. » Alors, sur le moment, ça fait plaisir comme phrase, c’est sûr, parce que je me sens plus sardine en boîte que thon, enfin ça dépend des jours. Mais le souci, c’est qu’il ne m’a pas dit quelle recette appliquer…

Sardine à l’huile, au citron ? Avec les arêtes, sans les arêtes ? Je mange pas beaucoup de poisson, moi, comment je m’en sors ? Non mais parce que clairement, les oeillades, la minauderie, le sourire qui est censé chaluter ta proie…Je sais pas faire. Dès que j’essaye, j’ai l’impression d’être une…crevette perdue dans un immense océan sans aucun panneau signalétique.

Ou comme le poiscaï qui a perdu ses parents, là, dans le dessin animé de Disney, je sais plus comme il s’appelle ! Ah oui, Némo. Je me sens comme Némo, pas discrète du tout avec mes rayures fluo, et surtout, paumée. Donc, mesdames, si vous avez des recettes de séduction simples, bios et locales, qui ne m’envoient pas par le fond, je prends !

Entrecôte

Un jour, pourtant, j’avais rencontré un mec qui avait l’air bien, sur Tinder. Et bien figurez-vous qu’il m’a dégagée parce que… j’étais pas végan. Parce que parfois, je mangeais de la viande, quoi.

Sur le coup, j’ai cru que c’était une blague, mais non non, c’était très sérieux. « Puisque tu ne partages pas mes convictions, je ne vois pas l’intérêt de continuer à discuter », m’a-t-il balancé. Je lui aurais bien balancé une entrecôte saignante dans la gueule, mais bon, comme il était à Paris et moi en Normandie, ça faisait loin.

J’aurais pu balancer une entrecôte sur mon portable, mais à part mettre du sang partout et gâcher de la bonne viandasse, ça n’aurait servi à rien. C’est à se tirer une balle contre le mur, je vous jure. Comment, ce n’est pas comme ça qu’on dit ? Moi j’aime bien, se tirer une balle contre le mur, ça doit bien éclabousser, comme ça.

Je blague, je blague, j’ai pas envie de me tirer une balle, j’ai pas le permis de port d’arme de toute façon. Bref.

Autoroute

Ça fait huit mois, 14 jours et trois heures que j’ai pas fait l’amour. Ca fait long, hein ? Pourquoi ? Y’a plein de raisons en fait. Parce que je suis célibataire, déjà, c’est une bonne raison. Je pourrais trouver un amant même en étant célibataire, c’est sûr. C’est l’époque, faut être libre et s’autoriser des trucs, qu’ils disaient. Ben j’ai essayé. J’arrive pas.

Enfin si, j’ai eu des amants. Plusieurs en même temps, même, à une époque. Enfin, deux en même temps, pas quinze non plus. Mais bon, c’est comme le beau temps par chez moi, ça ne dure pas. Donc mon dernier amant, c’était y’a plus de huit mois. Un pote. Super beau mec, bien gaulé et tout. Des yeux bleus de fou, avec un genre de petite marbrure autour de la pupille, vous voyez ? Un mec qui a collectionné les nanas, pas trop dispo. Mais bon, quand on se voyait, on prenait un café et après, au turbin.

Un fan de l’OM apparemment, dans le genre droit au but, enfin je vous fais pas de dessins. Le genre de mecs qui prend QUE l’autoroute, quoi. J’aime bien prendre l’autoroute de temps en temps, ça fait pas de mal. Surtout quand t’as envie de rouler pour dégripper la mécanique, vous me comprenez.

Mais c’est quand même drôle, mesdames, vous me direz si je me trompe, mais les mecs qui ont des km au compteur, ils aiment souvent prendre l’autoroute, hein. Ils croient qu’ils maitrisent le bolide, mais en fait ils vont juste tout droit, et toi tu restes un peu au bord de la route. Faut se méfier des vendeurs de voiture, des beaux parleurs qui te vantent leurs virages à 360 degrés et la robustesse de l’engin (oui, j’ai aussi le droit d’être vulgaire, merci).

Perso, un mec en vélo sur un chemin de terre, ça me va aussi. Ou même sur une départementale. T’as le temps d’apprécier le paysage. Parce que les mecs beaux parleurs, c’est un peu une arnaque à la Volkswagen : on t’a tellement vendu des performances de dingue que tu t’attends à du grand spectacle. Et en fait, souvent, tu te retrouves à monter dans une Twingo. Vous savez, les vieilles Twingo avec des phares comme des yeux de grenouille, qui tremblent comme si elles allaient se désosser , passées 80 km/h. J’exagère à peine, mais c’est un peu ça, quand même.

Les meilleures voitures dans lesquelles je suis montée sont celles qui ne payaient pas de mine. Les voitures d’occasion, un peu éraflées, pas forcément celles qui te font des appels de phares. Des voitures qui doutent, donc des voitures attentionnées. Oui, je fais de l’anthropomorphisme, et des références pourries à Descartes, et j’assume. Mais je suis sûre que vous me comprenez. Les voitures du BonCoin, un peu bringuebalantes, ça a quand même son charme. Et ça cale pas au bout de 10 km. On se comprend aussi.

Enfin, tout ça pour vous dire que le mec parfait, enfin parfait pour moi, je ne l’ai pas encore trouvé. Enfin si, mais pas célibataire, quoi. C’est un peu le problème des trentenaires aujourd’hui. Si tu veux un mec beau, intelligent, gaulé, qu’a pas trop une gueule de skin punk à chiens ou de hipster, et un peu d’humour et de sensibilité, ben tu l’as dans l’os, clairement. Ils sont tous pris, putain ! Et ce qu’il reste sur le marché, comment dire…Ben c’est comme après le marché, justement, vous savez quand la balayette électrique de la ville passe nettoyer, et que par terre il reste une aubergine écrasée et une feuille de laitue qui a connu des jours meilleurs…